LES ARTISTES
Curriculum vitæ de Marc-Antoine Nadeau
Principales expositions collectives
1980 Musée d’art contemporain, Montréal
1982 Plates and Prints, New York, Boston, Calgary, Ottawa
Gravures Québécoises, Hong Kong, Lausanne
Art érotique, Galerie J-J Thibault, Montréal
1983 Université Moncton, Collection Lavalin
1987 Third Int’l Print Biennal ROC, Taipeh
1988 Musée de Chamalières, France
1996 Musée du Québec
Expositions Individuelles
1979-81 Galerie Image, Ottawa
1981-83 Galerie Jean-Jacques Thibault, Montréal
1982 Galerie Rodrigue Lemay, Ottawa
Galerie Charlotte Frenette, Saint-Charles de Bellechasse, Québec
1984 Une fois de l’eau, Château Ramezay, Montréal
Principales Collections Publiques
Musée du Québec
Musée d’art contemporain, Montréal
Musée des beaux-arts, Montréal
Banque Nationale, Montréal
CHQ Résidence Paul Gouin
Collection Lavalin, Montréal
Placements Sellier, Montréal
Collection Prêts d’Oeuvres d’art, Musée du Québec
Publications
Tâche de Naissance, Poèmes de Jean Charlebois, Édition du Noroît
Corps Cibles, Poèmes de Jean Charlebois, Édition du Noroît
La mémoire de Marc-Antoine Nadeau regorge d’images anciennes et nouvelles parmi lesquelles il puise quand il commence un tableau. Ou du moins parmi lesquelles il croit puiser…
Car en fait, ce sont les images qui choisissent ses toiles, apparemment au hasard. Le résultat est à la fois séduisant et difficile à classer. Dans toute œuvre, quelque chose doit nous résister. Chez Nadeau, c’est la figuration, pourtant le refuge traditionnel de nos automatistes, qui déjoue le regard. Il y a de cela une dizaine d’années, au terme d’une longue période d’abstraction, elle fait irruption – pour ne pas dire effraction – dans son atelier. Un peu plus et Nadeau s’en excuserait. « Pour moi, les objets sont prétextes à peindre, dit-il. Quand la figuration est absente, il manque quelque chose. Je ne sais pas, un contact avec la vie… » Il ne s’agit pas cependant de la figuration réglée, ordonnée, du sage paysage mais bien de celle qui surgit, surréelle, dans la toile, sans ordre, narration ou vue d’ensemble manifestes. Une élément ici et là, un plan par-ci, un autre par-là, deux plans qui s’affrontent sur la ligne du risque. En effet, Nadeau ne gagne pas à tout coup mais quand c’est le cas, son travail incite à une lecture intuitive, poétique.
Car ses toiles offrent l’atmosphère d’un rêve. Un énorme hélicoptère (et pas n’importe lequel, précise l’artiste : celui dont l’URSS s’est servie pour pilonner les rebelles afghans) se retrouve devant le dépanneur « Variétés Raoul », sur fond de couleurs déchaînées ; deux cargos se croisent auprès d’une table de cuisine ; une femme se reproduit à trois exemplaires. Plusieurs perspectives se disputent l’orientation du tableau : une table vue à la verticale et à l’horizontale, des chaises présentées de côté et en contre-plongée ; un vieux poêle qui épouse un plan d’eau sur lequel glisse un voilier. Tout cela rappelle au passage que le paysage intérieur gagne à s’affranchir des contraintes inutiles.
Ce retour de la figuration n’a pas pour autant détrôné la couleur qui continue, souveraine, d’animer la toile, lui donnant mouvement, relief et profondeur. Sous une apparence de gribouillis sauvages et spontanés, verts, bleus, jaunes et rouges investissent l’espace par traits et par taches qui cachent une composition équilibrée, étudiée. En fait, la couleur travaille si bien qu’après un temps, les figures qui s’imposent au premier coup d’œil s’estompent et s’effacent pour finir par se fondre avec l’abstraction environnante.
Nadeau fait de l’aquarelle, de la gravure et de la peinture à l’huile. Ce passionné d’histoire navale construit des maquettes de bateaux, dessine des bateaux, en peint et sillonne le Saint-Laurent à la voile. Comme un bon cru, son œuvre a mûri dans l’ombre, loin des feux de la rampe, sans doute parce que son travail, trop exigeant pour les amoureux du paysage traditionnel et trop compromis avec la figuration pour les tenants de l’abstraction, s’est retrouvé dans une espèce de no man’s land. S’il a continué de peindre toutes ces années, c’est parce qu’il a le feu sacré.
« Je ne peux pas faire autrement que de peindre. J’ai tout misé là-dessus… Il y a toujours les images. Elles sont ma seule raison de vivre. » Mais il suffirait d’un léger changement de perspective pour que l’on parle de Marc-Antoine Nadeau comme d’un artiste original qui a su éviter les écueils de la facilité sans verser pour autant dans l’hermétisme…*
* texte tiré de Jean-Pierre Le Grand, « La couleur de l’insolite, Marc-Antoine Nadeau », Parcours Arts Visuels, 1993, p. 57.



